Binelde Hyrcan

1) Peux-tu me parler de ton parcours

Je suis née en Angola, je suis venu à 16 ans en France. je fais partie d’une fratrie de 10 enfants. J’ai fait une année préparatoire à la Villa Thiole (Ecole d’arts plastiques à Nice) et 6 années au Pavillon Bosio (École supérieure d’arts plastiques de la Ville de Monaco), j’ai poursuivi avec une licence d’arts plastiques et un doctorat en scénographie. Nous avions des projets d’écoles, mais en parallèle je créais beaucoup. Mon appartement était devenu un atelier. En créant j’ai fait pas mal de rencontres et ça va très vite. J’ai fait des chaises en clavier qui ont été éditées par le producteur de Pharrell Williams. J’ai fini deuxième de ma promo je pense que j’étais bon parce que j’étais moi-même.

2) Parle nous de ton enfance ; Dis-nous si le contexte dans lequel tu as grandi a influencé l’artiste que tu es ? Explique-nous comment :

Mon père était agriculteur et petit je construisais des parachutes pour les poules et je m’amusais à les balancer du haut de la maison. Ma mère était couturière elle m’a apprit à coudre des vêtements, elle m’a initié à l’art, elle m’a appris à dessiner, j’ai appris la calligraphie avec elle. J’ai grandi en Angola à l’époque où il y avait la guerre et les informations à la télévision me traumatisaient petit, je dormais avec la peur. Mon enfance a beaucoup servi à mon art. Mon art a un rapport avec la guerre, l’égo et la vanité. Le pouvoir t’emmène dans une sorte de sphère différente. J’ai peur du « pouvoir » car elle peut avoir une puissance tragique et peut détruire le monde. Quand on ne comprend pas, ça peut t’emmener au fanatisme. Et c’est pour cela que je n’aime pas lorsque l’on m’appelle ‘patron’.

3) Une anecdote :

Lorsque j’étais petit les enfants me chambraient sur mes dents du bonheur et ma mère me disait «  ta beauté ce sont tes mains, j’ai mis toute ta beauté dans tes mains Binelde ». Elle me racontait des histoires comme les tâches blanches sur les ongles c’était les choses positives qui allaient arriver me disait-elle. Ces histoires qu’elle me racontait était une façon  de me protéger et cela embellissait ma réalité.

4) Comment alimentes-tu ta créativité (films, expositions, rencontres…) ? Ce sont les rencontres : Dans mon quartier il y a des conteurs d’histoires que je considère comme des poètes, ils sont vraiment fascinant ensuite j’adore les enfants, ils sont libres, ils ont des rêves, ils me les racontent, ils ont de la folie en eux et les adultes en ont moins, car ils ont peur de cela. Grâce à l’art j’ai gardé cette âme d’enfant. Je préfère être naïf dans un monde tragique. Le mouvement littéraire et artistique « new génération »  avec William S. Burroughs m’a beaucoup inspiré. Les livres alimentent ma créativité, il y a Antonin Artaud avec son rapport au fanatisme qui m’a marqué. Puis il y a des personnes qui ne comprennent pas forcément mon art et je préfère savoir à qui je ne peux pas plaire je trouve cela intéressant.

5) On a plus ou moins une ou plusieurs personnes qui ont créé un déclic chez nous. Quels ont été les personnes ou les références artistiques qui t’ont donné envie de faire de l’art.

-Ma plus belle école ce sont mes parents, ce sont des artistes de la vie, ils m’ont beaucoup inspiré. Ils m’ont transmis l’importance du travail et de l’effort.

6) Quels sont les 3 choses qui peuvent mener à la réussite, selon toi ? Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut vivre de son art ? Dans quel état d’esprit faut-il être ?

– l’Amour de ce que l’on fait

– la persévérance

– Garder cette part de jardin secret en nous, la pensée est une liberté qui ressemble à un secret.  Personne ne peut nous enlever cette liberté. Il faut se dire que personne ne pourra t’enlever les désirs et les choses auxquelles tu aspires et cela c’est la part de jardin secret qui se trouve en toi. La pensée est une liberté qui nous est propre. Il faut un peu de folie, il faut avoir des rêves.

7) J’ai envie de dire que le mot « artiste » n’est pas assez représentatif pour tout ce que tu fais ; car tu es plasticien, tu peins, tu fais des expositions ; tu envoies des poules dans l’espace ensuite tu fais des courts métrages, tu collabores même avec des stylistes et tellement de choses…quel est l’étape suivante Binelde ? Quelle est ton projet en cours ?

Je travaille actuellement sur pas mal de projets comme la création d’un satellite (un projet spatial pour l’Angola). Je travaille également  avec la créatrice Rose Palhares sur la scénographie d’un défilé « solo » et  d’un film. Il y a un  film d’animation que je vais réaliser avec le producteur Quentin Dupieux (alias MR OIZO).  

Pour moi un artiste est une éponge, ce que j’ai vécu me permets aujourd’hui d’exploiter et de faire plusieurs choses différentes.

8) Dis-moi si je me trompe, je pense que tu es en train d’accomplir ta légende personnelle, c’est l’idée, selon laquelle nous sommes ici pour réaliser un projet qui nous fait sentir heureux et à notre place d’après Paolo Coelho. Je t’ai vu évoluer et tu es focus sur tes objectifs. T’arrives t-il de prendre de la distance sur tout ce qu’il t’arrive ? Que fais-tu du coup ?

La réalité m’échappe parfois, les choses me dépassent parce que tout va si vite c’est comme un tourbillon, c’est magique et parfois je me pose des questions. Aujourd’hui mon art me permet de faire passer des messages. L’art est seulement un intermédiaire de la vie et la vie est plus importante. Chez moi je n’ai pas de télé. Mon canapé se trouve face à la mer. Je fais du kytesurf, le seul endroit où je me déconnecte c’est la mer avec la plongée je peux m’évader, car mon cerveau tourne tout le temps. Mon atelier en Angola et Paris sont des endroits où je me sens bien.

9) Quel est le projet le plus dingue, incroyable que tu as fait ?

C’est un projet qui m’a coûté la santé car je suis resté 9h assis sous un arbre au soleil à recevoir les fientes de pigeons. C’était une performance qui voulait faire passer un message que plus tu restes au pouvoir plus les problèmes augmentent.

10) Quelle est ta philosophie de vie ?

J’évite de me prendre la tête, car la vie est courte, j’essaie de prendre du temps pour moi. J’évite de courir après les choses, le temps et la reconnaissance. J’apprécie tous les moments de bonheur. Mais il faut que je dise que pour la création je n’ai pas tout le temps l’envie d’être heureux, car je crée de belles choses dans cet état aussi. Cela apporte une autre dimension à mon art.

11) Question Mode : Quelles sont les pièces et accessoires incontournables dans ta garde-robe ?

-Beaucoup de T-shirts

-Des paires de vannes et des boots sartore

-Des chapeaux

Merci à toi pour cette interview Binelde Hyrcan!

Vous pouvez suivre son travail sur Instagram

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